Marie-Noël, la Création et l’être

MARIE NOËL (1883-1976), née Marie Mélanie Rouget, à Auxerre, dans une famille cultivée
et peu religieuse, est une poétesse et écrivaine chrétienne française. C’était une femme
entière, une femme de cœur et d’une grande vivacité d’esprit, animée d’une foi ardente, lucide
et très sensible à la souffrance humaine. Elle mena une vie simple, discrète, solitaire, traversée
de grands bouleversements intérieurs. Elle fut marquée par la mort de son frère quand il avait
12 ans et par un grand amour déçu qu’elle tint secret.
Profondément croyante, elle était aussi travaillée par le doute, par le paradoxe entre la
bonté de Dieu, la beauté du monde et l’existence du mal. Sa nature et son écriture oscillent
entre une profonde mélancolie et une espérance joyeuse, plus forte que tout. Son amour pour
le Christ – ravivé par la communion eucharistique, à laquelle elle tenait particulièrement –
irrigue son cœur, lui permettant de chanter Dieu et de trouver la paix au-delà de toutes ses
questions et réflexions théologiques.
Elle écrivit aussi bien des comptines, des chansons, un journal spirituel, que des
lamentations sur la mort, des poèmes inspirés des Psaumes, des saynètes revisitant certains
épisodes bibliques (Adam et Eve par exemple). Elle entretint également différentes
correspondances ; celle avec l’abbé Mugnier a été publiée récemment. Dans ses textes
autobiographiques et poétiques, elle dévoile aussi sa solitude, le sentiment de ne pas être
comprise par ses proches, la lutte permanente pour trouver un équilibre entre sa vocation
d’écriture et les nombreuses tâches domestiques ou charitables qui accaparaient son
quotidien. Elle manifesta un grand dévouement aux autres, qu’ils soient des membres âgés de
sa famille, des inconnus, des immigrés ou des blessés de guerre. Son œuvre fut admirée entre
autres par Aragon, Montherlant et récompensée de nombreux prix, tels le grand prix de poésie
de l’Académie française.
MARIE NOËL fait actuellement l’objet d’une demande de béatification.
La lecture de l’œuvre intime et poétique de MARIE NOËL fut pour moi une rencontre
marquante, une compagnie de choix pendant plusieurs mois. Elle fait partie de ces auteurs qui
parlent d’emblée au cœur, à l’être. Ses formules poétiques, son honnêteté à aborder les thèmes
difficiles de la foi et de la vie, l’acuité et l’amplitude de sa pensée, la beauté de sa plume, sont
autant de raisons de plonger avec émerveillement dans ses écrits… Elle qui dédie ses Notes
intimes « Aux âmes troublées, leur sœur » a su trouver comment rejoindre le questionnement,
les tourments existentiels de son prochain mais aussi comment partager les richesses de la foi,
de l’espérance, de l’amour et la beauté du dialogue avec Dieu. Sombre ou lumineuse, elle est
toujours inspirée et accessible.
L’enthousiasme pour son œuvre, pour sa personne, m’a conduite à imaginer ce spectacle
comme un hommage, une façon de faire (re)découvrir cette grande dame de la littérature
spirituelle et poétique. J’ai regroupé des extraits de ses textes, sur les thèmes de la Création,
de la vie et de la mort, de l’existence du mal, de la relation à Dieu et du chemin pour devenir
soi-même. J’ai mis en musique certains de ses poèmes, que je chante en m’accompagnant à
l’accordéon, une autre façon de faire résonner son œuvre.
Après des études de Lettres, une dizaine d’années d’enseignement du Français langue
étrangère à Genève et un deuxième cursus universitaire en Théologie, j’ai passé deux ans à
Neuchâtel dans une communauté d’inspiration monastique, cherchant à discerner ma voie,
entre vocation religieuse ou pastorale. J’attends à présent mon entrée en stage pastoral, pour
mars 2019. Ce projet artistique et spirituel autour de MARIE NOËL fait partie pour moi d’un
questionnement sur les façons de parler de Dieu et de la foi aujourd’hui, autrement que par le
culte dominical. Ma gratitude va à Alin Curtet et à mon frère Olivier, sans qui ce spectacle
n’aurait pu voir le jour, ainsi qu’à toutes les paroisses d’accord de m’accueillir.
Loraine d’Andiran